Lettre de la Rentrée 2026-2027
L'été est passé, et avec lui la parenthèse studieuse que nous vous avions proposée en juillet. Voici venu le temps de la rentrée — et avec elle, celui d'une lettre que nous adressons, cette année, aussi bien aux parents qu'aux élèves. Aux parents, pour qu'ils sachent ce qu'il convient d'exiger avec bienveillance. Aux élèves, pour qu'ils sachent ce qu'il leur revient de prendre en main eux-mêmes, sainement et concrètement. Ce ne sont pas des conseils nouveaux ; ce sont ceux qui ont toujours fait une bonne scolarité, et que notre époque, submergée d'écrans et de facilités, a parfois fini par oublier.
Partie ILe sommeil, socle de tout le reste
Rien ne sert de multiplier les heures de travail si le sommeil ne suit pas. Un adolescent n'est pas un petit adulte : ses besoins de sommeil restent élevés tout au long du lycée, et ce constat physiologique n'a rien de négociable. En classe de Seconde, il faut compter entre neuf et dix heures de sommeil par nuit ; en Terminale, ce chiffre ne descend guère en dessous de neuf heures. Mieux vaut se coucher tôt et bien dormir que de finir ses devoirs tard et mal les avoir faits.
| Niveau | Sommeil recommandé |
|---|---|
| Seconde | 9 à 10 heures par nuit |
| Première | 9 heures par nuit |
| Terminale | 9 heures par nuit |
De ce principe découle une conséquence pratique trop souvent négligée : le réveil le plus important n'est pas celui qui sonne le matin, mais celui qui devrait sonner le soir — celui du coucher, de l'extinction des feux. Fixer une heure de coucher, et s'y tenir avec la même rigueur qu'on tiendrait à un rendez-vous, est le geste le plus rentable de toute l'année scolaire.
Pour protéger ce sommeil, une règle simple s'impose : téléphones, tablettes et ordinateurs doivent sortir de la chambre, chaque soir, sans exception. Leur simple présence est une tentation et une source de distraction, même éteints, même silencieux. Il faut les poser dans une autre pièce — un étage plus bas si possible — et les y laisser jusqu'au matin. À ceux qui objecteraient qu'ils utilisent leur téléphone comme réveil, la réponse est simple : on trouve aujourd'hui, pour un prix modique, d'excellents réveils qui n'ont d'autre fonction que de réveiller. C'est un investissement minime pour un bénéfice considérable.
Le réveil qui compte le plus n'est pas celui du matin. C'est celui du soir, qui décide de la qualité de toute la journée qui suivra.
Partie IILe dimanche est sacré
Beaucoup d'élèves, animés d'un zèle louable, aiment travailler et avancer leurs devoirs le dimanche. C'est une erreur. Le dimanche doit rester un vrai jour de repos, à cent pour cent, où le travail scolaire est purement et simplement interdit. Tout ce qu'un élève souhaite accomplir — son travail courant comme l'avance qu'il voudrait prendre — doit trouver sa place entre le lundi et le samedi inclus. Le dimanche appartient à la famille, aux amis, au sommeil, au repos, aux bonnes promenades en extérieur. Un esprit qui ne connaît jamais de véritable pause finit par s'épuiser sans même s'en rendre compte ; un esprit qui sait s'arrêter revient chaque semaine avec une énergie renouvelée.
Partie IIIÉcrire à la main, pas au clavier
Pour bien apprendre, il faut privilégier l'écriture manuscrite, soignée et appliquée. Prendre ses cours au clavier, ou les éditer ensuite sous forme de notes tapées, n'est pas une bonne pratique. De nombreuses années d'études, en particulier aux États-Unis où le passage massif au clavier a pu être observé et mesuré, montrent que chez les adolescents et les jeunes gens, l'écriture manuscrite reste le moyen d'apprentissage le plus efficace. Ce constat n'est pas exactement le même chez l'adulte, dont le cerveau, déjà formé, s'accommode mieux du clavier ; mais chez l'élève encore en formation, la main qui écrit reste souveraine.
Partie IVL'intelligence artificielle, un outil à manier avec une extrême prudence
Il est déconseillé d'utiliser l'intelligence artificielle pour faire ses devoirs — ou, à tout le moins, il faut se montrer d'une honnêteté totale dans son usage. L'IA ne doit jamais devenir, pour un élève, un copieur ou un résolveur de devoirs : cet usage est contre-productif, et il prive l'élève de l'effort même qui le fait progresser. Si la tentation existe de s'en servir pour faire son travail à sa place, il faut savoir s'en abstenir. Ces outils s'apprennent à bon escient plus tard, une fois le cursus du lycée achevé ; les utiliser trop tôt, et de la mauvaise manière, est une chose réellement dangereuse pour la formation d'un jeune esprit.
Il existe un usage plus légitime : celui d'un professeur qui explique un cours ou éclaire une notion mal comprise. Cet usage-là peut être conservé, s'il est authentique. Mais l'expérience pédagogique enseigne que cette authenticité reste rare : trop d'élèves qui prétendent utiliser l'IA ainsi ne font, en réalité, que se tromper eux-mêmes — et en tirent un mauvais usage. C'est pourquoi nous recommandons, sans détour, de ne pas utiliser l'intelligence artificielle pendant les années de lycée. La question pourra se reposer différemment dans l'enseignement supérieur, où une plus grande maturité le permet. Pas avant.
Partie VLe corps, l'art et la discipline personnelle
Une bonne scolarité ne se limite pas aux heures de cours. Le sport doit y trouver sa place, sans excès mais avec régularité : un sport de combat, un sport de natation, l'athlétisme — sport roi entre tous —, ou un sport d'équipe. Peu, mais bien : un ou deux soirs par semaine suffisent largement. Si un instrument de musique est déjà pratiqué, en particulier le piano, il ne faut surtout pas l'abandonner à l'entrée au lycée ; il faut au contraire s'adapter et se montrer plus exigeant encore, car la discipline d'un instrument nourrit directement la rigueur du travail scolaire.
Une liste tenue à jour, avec ses tâches cochées au fur et à mesure, structure la semaine et donne une vision claire de ce qui reste à accomplir.
La satisfaction d'avoir tenu son engagement est un moteur plus durable que la contrainte seule — il ne faut pas hésiter à se l'accorder honnêtement.
De la même manière, quand les tâches prévues ne sont pas accomplies, il ne faut pas hésiter à s'en priver ou à se sanctionner soi-même. C'est ainsi que se forge une véritable discipline intérieure.
Partie VIAux parents : l'exigence est un devoir d'amour
Aux élèves, nous disons : sachez ce que vous voulez. L'ambition se construit en se documentant, en se renseignant, en rencontrant des gens qui font déjà ce que l'on envisage de faire soi-même. Une prise de contact sur LinkedIn, un bon documentaire, une conversation ou simplement une réflexion personnelle honnête suffisent souvent à faire naître une direction claire. Cette ambition, une fois trouvée, devient le socle sur lequel toute la scolarité peut s'appuyer.
Aux parents, nous disons ceci, avec la plus grande franchise : un parent doit avoir des attentes pour son enfant. Un parent qui n'en a pas, qui laisse son enfant dériver au gré des courants sans jamais rien exiger de lui, commet une faute — une faute discrète, sans éclat, mais réelle. Vouloir que son enfant réussisse, s'impliquer dans cette réussite, n'est pas une ingérence : c'est un devoir. À l'inverse, la négligence d'attente est une forme d'abandon qui peut se révéler, à sa manière, tout aussi délétère qu'une exigence excessive. L'équilibre est là : exiger sainement, sans jamais verser dans l'abus, mais exiger tout de même — car c'est cela, aussi, que signifie aimer un enfant.
Partie VIILes fondamentaux : le français et les mathématiques
Enfin, à une époque qui multiplie les distractions et les savoirs superficiels, il nous paraît essentiel de rappeler ce qui ne se démode jamais : les fondamentaux. Le français et les mathématiques restent, plus que jamais, les deux piliers sur lesquels toute la suite d'une scolarité se construit. Le premier donne les moyens de penser avec clarté et de s'exprimer avec justesse ; les seconds forment la rigueur du raisonnement et la capacité à structurer un problème. Aucune spécialité, aucune orientation ne dispense de leur maîtrise : elle est la condition silencieuse de toutes les réussites qui suivront.
Rien de ce que nous venons d'écrire n'est spectaculaire. Ce sont des principes anciens, connus, presque évidents une fois énoncés — et c'est précisément pour cela qu'ils sont si souvent négligés. Dormir suffisamment, protéger son dimanche, écrire de sa main, se méfier des outils qui pensent à notre place, bouger son corps, tenir ses engagements, et pour les parents, oser attendre le meilleur de son enfant : voilà, en somme, ce qui distingue une année bien menée d'une année simplement traversée.
Nous vous souhaitons, à tous, élèves et parents, une excellente rentrée.